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L'homme debout
Poser une réflexion sur l’homme debout, n’est sûrement pas stupide pour un pratiquant d’arts martiaux, car elle l’amène à soulever la question du sens qu’il donne à l’exercice des postures d’enracinement et d’une manière générale à sa pratique toute entière.
Le psychologue James Hilman a raison quand il dit: aucun théorie n’épuise la richesse de la vie humaine. Tout se passe comme si un jour ou l’autre quelque chose nous poussait sur une voie particulière. Pour beaucoup d’enter nous, saisir selon notre propre ressenti, au travers de l’art martial et de l’art interne qui sont associés, cette énergie qui nous traverse, nous habite et nous anime, se pose comme une véritable voie. Tous les Arts traditionnels offrent un travail sur la verticalité et sur l’assise. Pourquoi ? Pour devenir plus fort, plus égocentrique, pour des pouvoirs ou des capacités extraordinaires. Ou alors sommes-nous à la recherche de notre propre mystère, où peut apparaître un autre espace, un autre ressenti, au-delà de nos conceptions bien souvent dualistes, pour être plus en harmonie avec notre environnement ?
C.G.Jung disait: En dernière analyse, c’est l’essence que nous incarnons qui donne son sens à la vie. L’existence serait gâchée sans son essence. Vouloir appréhender cette essence, c’est déjà utiliser les moyens qui nous sont donnés au travers des connaissances anatomiques, physiologiques, psychologiques, médicales et spirituelles de l’homme. Certes, tous ces domaines, comme nous l’avons déjà évoqué, ne sauraient le définir complètement, ceci encore moins dans le cadre des Arts Martiaux Traditionnels. Cependant, ce sont des outils indispensables, car ils nous éloignent de bien des mirages dont nos ego sont si friands. Certains trouvent que c’est parler pour ne rien dire. Or, au-delà de leur vue simpliste, aller au bout d’une interrogation à travers tous les domaines d’investigation que nous connaissons, c’est aussi aller au bout de soi-même, de conduire une introspection et d’effacer le côté illusoire de notre pratique. La connaissance quand elle est associée à l’action, devient de l’intelligence. Elle permet de développer notre individualité, sans subir le méfait de la pensée unique qui sévit aussi dans le monde des arts martiaux.

L’HOMME EN EXTREME-ORIENT
Poser une réflexion sur l’homme debout, n’est sûrement pas stupide pour un pratiquant d’arts martiaux, car elle l’amène à soulever la question du sens qu’il donne à l’exercice des postures d’enracinement et d’une manière générale à sa pratique toute entière. Pour un asiatique, pratiquer la tenue de l’arbre ou toute autre activité d’assise est une évidence, car cette démarche obéit aux visions anthropologiques qu’il a de l’homme. Pour un occidental, l’approche est complètement différente. Aussi, nous abordons les Arts Traditionnels en adoptant un travail sur le corps basé sur des fondements culturels qui n’ont rien à voir avec les bases de notre civilisation, héritière du siècle des lumières, marquant l’importance de la connaissance rationnelle par rapport à l’obscurantisme ou du moins ce qui était perçu comme tel. La France entre 1715 et 1789 se distingue par le rejet de l’autorité et de ce qu’elle jugeait comme fanatisme, au nom du progrès et de la raison. Même si nous n’en avons pas conscience, ce legs n’est pas sans répercussion. Il n’est pas faux de penser que la réflexion anthropologique occidentale n’a été que difficilement abordée (vu les tendances actuelles) en rapport à la pratique des Arts Traditionnels d’Extrême-Orient. Nous sommes plus dans un mimétisme, que dans une intégration globale ou totale. En effet, dans la pensée chinoise, l’homme est l’union du ciel et de la terre et la genèse taoïste est riche pour décrire la création de l’homme et l’interrelation qu’il a avec l’univers. Comment un occidental peut-il appréhender de telles données, à l’opposé de ce qui constitue sa société ?
L’homme s’appuie sur le souffle de l’unité originel et véritable du ciel et de la terre pour croître et s’accomplir ; si on l’entretien longuement et l’observe dans l’homme, alors les substances du ciel et la terre se manifestent. Seul l’homme reçoit la quintessence et est le plus intelligent de tous les êtres. Le sage ordonne sa vie en s’efforçant de conserver le centre, le correct, l’amour, l’équité. Il accorde une prédominance à l’ataraxie* et dote ainsi l’homme de sa plus haute valeur. C’est pourquoi, les vertus du sage sont en harmonie avec le ciel et la terre, son éclat est un avec celui du soleil et de la lune, ses actions suivent le cours des saisons et son contrôle de la bonne ou mauvaise fortune est un avec celui des esprits et des divinités. La bonne fortune de l’homme noble vient de ce qu’il cultive ses vertus, la mauvaise fortune de l’homme du commun vient de ce qu’il agit contrairement.(1)
Quand le maître Kunlin Zhang dit : La comparaison avec la nature révèle que l’homme a le pouvoir de diriger son paysage intérieur à l’image de ses grands univers, ayant pour conséquence des lois similaires. Nous sommes loin, quand nous parlons de l’homme et de sa nature originelle semblable à celle de l’univers, de la vision occidentale mécaniste, darwinienne de l’homme sur terre.
Selon la pensée japonaise le ki est une entité qui rend effective la vie et l’existence des choses dans l’univers. Il est donc plus que l’énergie vitale, traduction habituelle du terme. Le ki existe dans ce qui nous apparaît dépourvu de vie organique, comme une pierre, et aussi dans les phénomènes naturels comme le vent ou la pluie. Le ki réside aussi dans la montagne, dans la mer etc. Ainsi, le ki prolonge la pensée animiste primitive.(2)

LA THEORIE DE L'EVOLUTION
Et pourtant même dans les milieux scientifiques, des personnes ont posé la question : « Pourquoi à un moment donné l’être humain a eu envie de se mettre debout ? » En dehors de la théorie classique de l’évolution, qui nous dit que l’humanité est issue d’un gène qui a muté par hasard et qui obéit à la sélection naturelle liée aux conditions climatiques, des recherches nous ouvrent à des perspectives beaucoup plus mobilisantes que ce simple fait du hasard. Entre autre, les travaux d’Anne Dambricourt Malassé. Cette paléontologue au CNRS démontre que son étude des crânes lui a dévoilé que l’harmonisation prend souche dans une logique chronologique stable indépendante des facteurs extérieurs. Elle rejette le hasard et démontre ainsi qu’il existe au contraire un certain déterminisme d’évolution. Elle rejoint en cela son confrère Roberto Fondi et le biologiste moléculaire Mikaël Danton. Pour ce dernier, il ne saurait y avoir de mutation hasardeuse d’espèce par intermédiaire, mais des types par exemple, homme, chien, papillon ou champignon. Cependant, le célebre paléontologue Yves Copen a répondu dans la revue « Science et Vie » à Anne Dambricourt Malassé, suite à sa conférence au collège de France, puis à un article dans la revue « Recherches ». Il réfute totalement son approche. Il n’empêche que l’on a découvert tout récemment des restes d’australopithèque dans une région de forêts. Ce qui fragilise sa proposition de bipédie des grands singes ou de mutants qui se seraient retrouvés dans la savane, contraints de sortir de la forêt suite à des modifications de climats.
Pour Jean-Paul Sagnier, Anne Dambricourt Malassé a mis en évidence que sur le plan embryonnaire, il y a eu à un moment donné, une rotation spiralée du cerveau qui s’est faite dans l’espace, provoquant à ce moment-là une rétraction du massif maxillo-facial, une avancée du trou occipital et du même coup le développement des territoires corticaux. Sans cette évolution, nous serions resté des singes. Alors, pourquoi à un moment donné, cette rotation dans l’espace a t-elle existée, ceci au carrefour de l’australopithèque ? Pour beaucoup, ceci démontre que nous nous inscrivons dans un principe d’évolution, une histoire de conscience qui imperceptiblement doit rentrer dans la connaissance du subtil au fur et à mesure que nous évoluons. Aussi, si nous libérons la cellule de cette information, c’est pour tendre vers cette perception du subtil où nous rejoignons la logique des traditions asiatiques, qui nous dit que l’homme peut avoir des sensations extrasensorielles, voire supra sensorielles. Ceci n’est possible qu’à la condition que nous effectuons un travail cohérent au niveau du corps, afin de pouvoir mettre en émergence cette libération d’information cellulaire.
Attention, au travers de ce que nous venons d’évoquer, il ne s’agit pas de prétendre que l’idée de création est aujourd’hui scientifiquement prouvée ou d’appuyer une vision théiste. Cela nous permet pourtant d’échapper aux vues réductrices dans lesquelles on cherche actuellement à nous enfermer trop rapidement. La tendance présente dans le milieu scientifique est de deux regards différents, certains parlent d’une auto-organisation et d’autres d’indomplétude. Le théorème du mathématicien Gödel appuie cette deuxième inclinaison, il dit : « Tout ensemble fini d’axiome contient une proposition indémontrable. » J’avoue être séduit par cette tendance, car toute théorie, recherche ou doctrine qui nous apporte une connaissance du monde, à fortiori de l’homme, est intéressante mais incomplète. L’être humain reste un mystère, ce n’est pas une matière inerte d’étude. L’homme nous démontre continuellement son extrême complexité.
Le mystère des mystères, l’origine des êtres vivants sur terre, est toujours aussi énigmatique qu’à l’époque de Darwin.(3)
La différence génétique entre l’homme et le chimpanzé, tient à un seul chromosome. Ce qui nous sépare du singe ne se situe donc pas uniquement au plan génétique ou neurologique (un plus gros cerveau). La pensée et l’intelligence ne peuvent s’exprimer uniquement en termes neurologiques. On n’a jamais rien trouvé qui explique que l’homme soit devenu ce qu’il est, alors que le chimpanzé est resté dans les arbres.(4)

LA TRANSCENDANCE DANS LES ARTS MARTIAUX
Car il faut bien le reconnaître, dans les Arts Martiaux traditionnels et les arts internes, l’idée de transcendance est implicitement vivante pour les occidentaux. L’idée du Qi chinois ou du Ki japonais les amène à renouer avec leur patrimoine culturel, celui-ci explique que l’homme peut s’éveiller aux forces du ciel et de la terre, de l’univers dont il est l’émanation. L’adepte peut par lui-même avec ses recherches intérieures trouver la propre vision de sa source, qui l’amènera de plus en plus à s’humaniser et sans doute les arts martiaux sont un des moyens dans les sciences humaines de mener à bien cette quête et cette introspection. Cependant, il faudrait que l’Occident admette et s’ouvre à une vision plus large de la transcendance et de la grande Vie qui peut exister dans les arts martiaux. Cette démarche a été totalement oubliée et c’est pour cela que leur expression a été réduite à une approche contemporaine de spectacle et de sport, même si on leur donne une parure philosophique.
Pour K.G Durkheim : Le corps est l’ensemble des gestes à travers lequel l’homme se réalise ou se manque. Ainsi donc, pratiquer les arts martiaux, c’est renouer et ressentir l’Etre essentiel et non pas l’être existentiel que nous sommes. C’est nous relier à notre profondeur, celle qui ne s’identifie pas aux illusions dont nous sommes parfois si friands et qui correspondent dans les arts martiaux, à toute cette recherche convoitée et jalousement gardée de grades, de titres, de fonctions. Suivre une voie, c’est retrouver une pleine liberté, une autonomie, loin des jeux de pouvoirs et de monopoles. Si l’on admet cette idée de transcendance ou plutôt l’approche d’une conscience de vie plus élevée dans les arts martiaux, on sait très bien qu’ils ne peuvent pas être profanes ou plus simplement vulgarisés, et encore moins vulgarisés.

NOS SOURCES OCCIDENTALES
Se tenir debout, c’est être donc un pont entre le ciel et la terre, c’est explorer notre paysage intérieur et c’est peut être, dans la pensée primitive chrétienne, devenir porteur de Dieu. Il ne s’agit pas d’un être supérieur, siégeant dans le ciel, apportant approbation ou condamnation. Pour les pères du désert, il est l’Un, l’Unique principe de toute vie dans l’univers, qui est posé en germe dans l’homme, appelé à la véritable naissance de l’Humain et de sa Divinité. Et dans cette même pensée traditionnelle: L’Unique engendre le multiple sans jamais perdre son unité. Multiplié, c’est l’unité qui irradie dans le monde sans se diviser dans une explosion créatrice.(5)
Rapprochement possible, sans confusion avec certaines sagesses d’Extrême-Orient. Une symbolique qui se passe à l’intérieur de l’homme, "Tout est en lui".
Le pont entre l’archange et le végétal dans l’homme se fait au cœur du geste lent, souple et saturé de conscience. Le pont entre la pure lumière et la matière se fait dans l’homme à travers le silence et l’assise, où note humanité touche à sa plus haute transparence.(6)
Que le lecteur se rassure, il ne s’agit pas d’un prosélytisme quelconque… Il est plus facile aujourd’hui de parler de sexe, de drogue, de scandale ou d’afficher sa vie intime, que de réfléchir et s’interroger sur une dimension spirituelle de l’homme…
Pour les "psychanalystes de l’existence", et notamment Victor Frankl dont la pensée doit beaucoup à l’observation de la force d’âme montré par certains prisonniers dans les camps nazis, l’inconscient humain dans sa dimension « sur-consciente » parle de Dieu, désigne la relation irréductible de chaque personne avec la transcendance. La névrose résulte alors de l’ignorance ou du refus du mystère.(7)
Si les orientaux ne connaissent pas nos racines judéo-chrétiennes dans leur mystique et que leur approche en est synthétique, il faut reconnaître que bien des occidentaux ignorent leurs propres racines culturelles, tant il est vrai que le message qu’elles contiennent à été pollué par des siècles de dogmatisme aliénant, reflet des enfermements de l’inconscient chez l’homme. La parole qui libère devient la parole qui asservit. Qu’importe, après tout, toutes les définitions, qu’il s’agit d’un chemin où l’on se construit, se rencontre. L’appel du corps dans la tradition martiale et énergétique, nous offre la possibilité d’être attentif, conscient et uni à l’Intelligence de l’Univers.
Ne pas être arrêté par ce que l’on sait ou croit savoir, ne pas s’idolâtrer de nos plus folles prétentions, mais revenir à nous mêmes, à l’écoute intérieure. Un expert de père occidental et de mère chinoise, nous a dit que le Qi Gong était l’art de la contemplation intérieure, en résonance avec le monde extérieur. Pas de nombrilisme, non la quête du silence de toutes nos pensées et vanités. Juste percevoir, accueillir le souffle intérieur qui prend sa source… ???
Le souffle dont vibre le corps est celui-là même qui porte le monde.(7)

LES LIMITES DE L'EGO
L’extrait du livre "Budo, le ki et le sens du combat" de maître Kenji Tokitsu, nous rappelle la transcendance de l’homme ordinaire pour appréhender l’Art Martial, mais il marque aussi avec quelle pauvreté réductrice l’Occident traite et utilise la Tradition Martiale.
« …Mon attaque était donc prévisible, car quelque chose s’est manifesté malgré moi, qui a averti mon adversaire de mon action » ou aussi : « Mon action a été freinée à cause d’un hésitation, si petite soit-elle, probablement parce que quelque chose en moi a sanctionné la manifestation de mon ego et de mon orgueil qui a voulu faire mal…
Je ne sais pas comment se passe l’introspection pour les Occidentaux mais, pour les Japonais, ce type d’introspection est naturel. C’est en ce sens que la tradition du sabre enseigne : « L’état d’esprit détermine la qualité du sabre. On y recherche un état où l’acte ne subit pas le freinage de l’ego, où l’expression non pensée prend de l’importance. On aboutit alors à un paradoxe: Pour mener un combat efficace, il ne faut pas penser à nuire à l’adversaire, il ne faut pas penser à gagner.
Le combat exige de déployer au maximum ses ressources entraînées, la capacité totale de soi ; pour cela, il faut se libérer des pensées dérisoires, des freins ; il faut aiguiser la perception comme la surface de l’eau sans trouble qui reflète clairement l’image de la lune. Cet effort ce confond avec celui de transformer son moi médiocre en un moi meilleur et supérieur. La pensée originellement pragmatique de l’art du combat – comment mieux combattre, comment mieux dominer l’adversaire – se dote de l’objectif annexe de devenir meilleur comme être humain. Et cet objectif annexe va progressivement, avec l’âge, devenir l’objectif principal de la personne. C’est l’évolution qualitative que les arts martiaux ont suivi au fil du temps historique, c’est aussi celle que suit un adepte contemporain au cours de sa pratique. Tel est le sens du Budo.

Comme il a déjà été dit, le combat réalisé dans le respect de l’Esprit est le reflet de nous-mêmes, et le moyen de nous connaître et de nous ouvrir à l’éveil du potentiel humain subtil. Mais quand on voit les guerres intestines, les luttes de pouvoir, les débordements de titres, on est loin de cette approche philosophique (même si des responsables en abusent, alors que dans les faits réels…!). Que d’illusions et de pertes de temps.

LA VERTICALITE
Raymond Pain signalait que, si par la pratique du Yi Quan, l’objectif était d’être le plus fort, de devenir narcissique de sa force explosive, prétentieux de ses capacités, la progression n’était pas réelle, il faut qu’elle conduise inévitablement à une ouverture intérieure, au cœur révélé.
Prendre une posture, travailler des techniques traditionnelles, faire du combat, c’est nous poser dans la quête de notre verticalité, sans nier aucune de nos forces obscures, être libre et transparent afin d’être le réceptacle du Vivant en nous.
Pour le défunt maître Deshimaru, la plus dure des confessions est celle que l’on se fait à soi-même, elle n’est possible que dans le courage de l’assise et de la verticalité. Elle existe aussi dans une analyse sans concession, surtout pas dans les approches new-age trop sentimentalistes, où se croisent karma et oedipe, un doux mélange de psychologies et de données spirituelles.
On joue à la transformation mais rien n’a changé, nous sommes plus au contraire dans l’inflation "du moi gargarisé".Dramatique et classique, la personne incapable de lucidité, de discernement sur ses actes, perpétuelle victime ; elle refoule les charges de son inconscient trop dangereux pour son moi ordinaire orgueilleux sur l’extérieur en prêtant ses propres tares à d’autres. Elle devient capable des actes les plus harceleurs, les plus violents psychiquement sous des aspects de sagesse. Il faut du temps pour démontrer de tels rouages, la comédie bien menée trompe souvent l’entourage. Besoin de pouvoir, de manipulation, les contradictions trop évidentes finiront par marquer l’insuffisance d’assise, de verticalité et de transparence.
Le Bien est l’intégration du Beau, du Bon et du Vrai. Il est l’Un, laisser-passer pour l’Etre. Cet Etre qui ne peut se manifester que dans la vacance d’un cœur, d’un corps et d’une intelligence vidés de toute illusion, c’est-à-dire de toute inflation, de toute présomption, où justement l’Etre n’a pas de lieu pour être, étant empêché ou empêtré dans les robes trop étroites du paraître.(6)

CONCLUSION
Si j’ai donné la "parole" à différentes sources, c’est pour marquer qu’il est possible pour nous Occidentaux d’intégrer les Arts traditionnels d’Extrême-Orient, sans un mimétisme de surface, mais par l’assimilation de notre propre culture, quelle que soit son expression.
Il n’est pas possible que cette unité de connaissance, de sentiment et de choix que vous appelez vôtre aient pu surgir à l’existence à partir de rien, à un certain moment pas très loin dans le passé. Au contraire, cette connaissance, ce sentir et ce choix sont essentiellement éternels, inchangeants et numériquement UN en tous les humains, que dis-je, dans tous les êtres sensitifs. Inconcevablement que cela puisse être pour la raison ordinaire, vous – et tous les êtres conscients comme tels – vous êtes tout en tout. Ainsi, cette vie qui est la vôtre n’est pas simplement un morceau de l’existence totale, mais elle est, en un certain sens, le TOUT… C’est cette formule mystique sacrée qui est si simple et si claire. Je suis dans l’Est et l’Ouest, je suis en haut et en bas, je suis tout cet univers.(8)
Pour les scientifiques, la vision newtonienne d’un univers fragmenté, mécaniste et déterministe, s’efface devant la perception et les découvertes d’un monde rempli de créativité. Des personnalités comme Trinh Xuan Thuan, Hubert Reeves ("J’ai l’intime conviction qu’il y a un truc !!..."), Stephen Hawking témoignent de ces boulversements… la perception du réel et de l’homme ne peut plus se fragmenter, elle se conjugue dans les approches de l’astrophysique, de la physique, de la biologie, des mathématiques, de la psychologie et des « Sagesses du Mystère ». En ce début de siècle, à nous d’être attentifs, ouverts, pour développer dans une expression contemporaine, l’héritage des Arts Traditionnels de l’Homme debout, digne de son Humanité à la fois unique et universelle. Notre époque, hélas est toujours barbare, la violence dont nous sature le cinéma et les jeux vidéo à grand renfort d’arts martiaux, en témoigne. Rien de nouveau, nos gladiateurs actuels des combats extrêmes, masquent mal les pulsions de nos inconscients collectifs.
A ceux qui pensent que tout ceci n’est que "macération" mentale, je dirai que comme beaucoup de mes amis pratiquants et adeptes de haut niveau avec qui j’ai le privilège d’échanger, mes réflexions ne sont pas celles du "Penseur de Rodin" accoudé sur lui-même, elles me viennent d’interrogation dans un corps en mouvement, qui prend le chemin de l’entraînement. Pour finir, je laisserai la conclusion à Maître Kunlin Zhang "Hyoho n°10 juin 2000".
La pratique des Arts Martiaux est l’une des formes d’expression de tout ce qui a été dit : Le respect de soi et du groupe avec lequel on travaille, le respect du Maître qui détient la Connaissance, le respect de la Force Universelle qui est descendue en nous et qu’il nous appartient de recevoir en éduquant le corps et la pensée à ses lois.

1) "Taiji Quan art martial technique de longue vie" - Catherine Despeux – Ed. G.Tredaniel
2) "Budo, le ki et le sens du combat" - Maître Kenji Tokitsu – Ed. Desiris
3) Mikaël Danton
4) Jean dorst
5) "L’amour en question" - Frère Jean – Ed. Le Fennec
6) "L’évangile de Marie" - Jean-Yves Leloup – Ed. Albin Michel
7) "Corps de mort et de gloire" - Olivier Clément – Ed. Desclée de Brouwer
8) Erwin Shrödinger, physicien quantique