Dans le numéro 12 de Hyoho, nous avons entamé une introduction sur les arts martiaux traditionnels, définis dans la culture japonaise sous le terme de Budô, dont l'équivalent en chinois est le Wushu.
Pour des commodités de compréhension, nous définissons le Budô par Voie des Arts Martiaux. Il est nécessaire maintenant d'apporter une définition plus complexe de ce terme afin de démontrer la subtilité qu’il renferme et marquer que le rapprochement qui a été fait en Occident avec les sports de combat, n'est pas judicieux.
Les idéogrammes de la langue japonaise comprennent différentes subtilités et traductions pour un même terme, ce qui rend difficile une traduction littérale. Ceci est d'autant plus vrai pour les écrits anciens.
Pour donner vie à un mot il est nécessaire de bien connaître dans quel contexte, quelle époque il a été écrit. Cela demande une connaissance culturelle, linguistique, historique et sociologique très poussée, difficile d'accès. Une mauvaise compréhension d'un terme peut amener à de grandes méprises et à des contresens lourds de conséquences. Prenons quelques exemples. Quand nous sortîmes de la JKA (Japan Karaté Association) pour suivre le Maître Kenji Tokitsu dans son enseignement et ses recherches au sein de l'Ecole Shaolin-Mon, nous utilisions comme marque de salut l'expression " Oss ". Très rapidement Maître Tokitsu nous expliqua que notre attitude était loin de correspondre à celle requise dans le milieu des arts martiaux traditionnels. Voici l’explication qu’il nous donna.
"Oss" est-il un terme de karaté ?
"Oss!" est un mot qu'on entend souvent parmi les karatékas. On considère qu'il s'agit là d'un malentendu qui mérite une rectification. En japonais il se prononce " osu " ce qui est une abréviation de quelques mots commençant par " o " et se terminant pas " su ", par exemple " ohayogozaimasu " qui signifie bon-matin selon une expression polie. En prononçant " os " vous enserrez le o et le s. différentes nuances de la situation sans qu'elles soient exprimées, car votre interlocuteur est censé deviner. Pour les Japonais qui acceptent l'usage de ce mot, c'est accepter de communiquer à demi mot et le garant d'une certaine liaison affective. C'est pourquoi ce mot est utilisé dans les " milieux ", des sportifs, des bandes, des voyous, mafias... Mais ce mot est considéré comme vulgaire, car l'abréviation d'une expression de politesse ne peut pas être polie, et ce mot laisse une impression de négligence et de paresse qui détourne la nuance de politesse. Dans un dojo classique de tir à l'arc ou de kenjutsu, si vous saluez eu disant " oss ' ", il n'est pas impossible que vous soyez refusé. Si vous êtes accepté, ce sera vraisemblablement en raison de votre statut d'étranger. Il convient de comprendre que ' oss " n'est ni un terme de budô, ni une expression correcte.
En dehors du budô, face à un japonais cultivé, si vous saluez, par "oss !", il sera surpris. S'il ne le manifeste pas, c'est par politesse ou parce qu'il considère que vous connaissez, par hasard un mot de japonais vulgaire.
Pourquoi alors ulilise-t-on si souvent ce salut en karaté ?
L'histoire du karaté est récente et après la 2ième guerre mondiale certains groupes de karatékas étaient proches du milieu des voyous. Parmi les disciplines du budô, le karaté a été pendant longtemps la plus mal considérée. Ceci est un fait que nous ne pouvons pas nier. Notre devoir n'est-il pas de rectifier un malentendu et de tenter de hausser véritablement la qualité de la pratique du karaté ? Je pense donc qu'il n'y a aucune raison pour que les karatékas français, pas plus que japonais, continuent d'utiliser "oss! ", signe d'une marginalité peu honorable. (1)
A la même époque, j'ai vécu une expérience qui n'a fait que corroborer les propos de Maître Kenji Tokilsu. Je suivais un stage d'une école très ancienne de Kenjutsu (technique (Art) du sabre), dirigée par un expert français qui avait vécu de nombreuses années au Japon. Il me dit à peu près ceci :
Quand je vous apporte une correction, évitez de me saluer en me disant "oss!", c'est une expression usuelle qui peut être comprise de manière vulgaire. Bref, elle ne s'emploie pas dans les Arts du Budô. Si vous voulez vous imprégner de la Tradition Martiale, apprenez très rapidement les subtilités de la culture japonaise. Dans le cadre de ce stage, je préfère que vous me disiez merci naturellement en français: c'est plus convenable.
Quelle leçon pour une jeune ceinture noire (j'étais 2ième dan) qui jouait au samouraï des temps modernes ! Inutile de vous dire que depuis ce jour, je n'ai cessé d'étudier les fondements culturels du Budô et les 24 années passées auprès de Maître Tokitsu furent une vraie bénédiction.
Abordons également un terme très répandu dans les arts martiaux, celui de dan. Ce qui en fait doit juste marquer les paliers dans l'étude d'un art traditionnel, est devenu pour beaucoup de pratiquants une source d'orgueil, une fin en soi. Laissons encore la parole au Maître Kenji Tokitsu.
Dans les arts martiaux modernes, au Japon, l'utilisation du terme dan a commencé à partir du judo et les autres disciplines ont suivi progressivement ce modèle pour désigner les grades obtenus au cours de la progression. Auparavant au XIXe ce terme avait été utilisé d'une façon peu systématique en art du sabre (Kenjutsu). Avec l'expansion mondiale de la pratique des arts martiaux, il est devenu aujourd'hui quasi international.
Dans cette situation, je pense qu'il est nécessaire de saisir clairement le sens culturel de ce terme, car le niveau de la pratique a bien progressé dans tous les pays, et il ne suffit plus d'utiliser les termes, en particulier celui de dan d'une façon approximative et insuffisante.
Tout d'abord, il faut comprendre que le terme dan n'est pas réservé au domaine des arts martiaux. L'utilisation de ce terme pour désigner des grades est plus ancienne dans différentes activités culturelles. Dans le jeu de go, par exemple, le terme dan est utilisé depuis le XVIIe siècle. De plus, aujourd'hui au Japon, le système des grades avec le terme dan est appliqué aussi à la voie de la calligraphie (shodô), au jeu d’échec (shôgi) et aussi à l’art des bouliers, base classique des mathématiques. Il convient de comprendre que les arts martiaux ne sont qu’un des domaines où ce terme est utilisé pour désigner les grades.
Originellement le système de grades s'inscrivait dans l'approfondissement d'un art qui se confondait avec la vie d'une personne. Il constituait en quelque sorte un repère dans l'itinéraire de la vie. Lorsque la notion moderne de budô est apparue il y a environ un siècle avec la fondation du judo, c'est dans cet esprit que le système des dan a été adopté. Il n'y a donc pas d'affinité entre la notion de dan et le sport de combat, puisque celui-ci renvoie à une pratique centrée sur le temps forcément bref de la performance. Si dans ce dernier la classification de champion ou vice champion importe, en budô ce qui importe est la formation d'une personne tout au long de la marche dans la vie dont l'itinéraire est échelonné par les dan. Il convient de mettre en évidence ici que le terme dan n'a pour origine ni le sport, ni les arts martiaux, mais des activités culturelles se développant tout au long d'une vie. De plus le terme dan est un mot de la langue de tous les jours au Japon actuellement utilisé dans le sens que nous venons de définir.
En France, où nous cherchons et étudier et faire avancer les qualités et les valeurs des arts et des cultures, il ne convient pas de détourner le sens du terme originel, mais il faut l'appliquer avec autant de richesse qu'il en a à l'origine.
Je pense qu'en parallèle à la pratique du budô, il est temps de préciser la signification du terme dan comme celle de l'ensemble des termes repris du japonais.(1)
Dans le même ordre d'idées, il y a à peu près quatre ans de cela, j'étais en discussion avec un Maître japonais, nous débattions sur la signification des distinctions, telles que Renshi, Kyoshi et Hanshi. Il était très affecté par le fait que l'on utilise ces références de valeur symbolique de l!accomplissement humain, avec une approche publicitaire et commerciale. Toujours par ignorance, certains professeurs occidentaux n'hésitent pas à se faire appeler par leurs élèves par ces titres. Par exemple Renshi qui signifie "personne qui a été forgée (Ren)" est un titre qui marque le niveau d'expert dans l'art martial traditionnel. Quand un professeur se fait saluer par ses élèves : "Bonjour Renshi" c'est comme s'il disait "Bonjour personne qui a été forgée" ou mieux "Bonjour expert" ou encore "Bonjour homme de savoir".
Non pas que ces titres ne puissent être octroyés à des occidentaux, surtout s’ils ont été décernés par leurs pères. Ce qui est choquant, c’est de se faire dénommer par un titre presque comme un nom propre, pire comme un titre sportif "bonjour champion". Plutôt que d’utiliser ces distinctions si subtiles, si symboliques de façon erronée, il est plus sain pour un enseignant occidental de se faire saluer avec les principes de respect et de courtoisie de sa propre culture, ce qui ne l’empêche pas d’être détenteur d’un titre traditionnel.
Car dans les us et coutumes des arts martiaux, ce type de comportement n’a pas de sens. Et que dire de tous ces premiers et deuxièmes dan qui se parent du titre de Senseï. Rappelons que Senseï signifie "celui qui est né avant". Il correspond au stade d’une personne ayant la capacité d’être professeur. Ce n’est pas parce que l’on anime des cours que l’on peut revendiquer d’être Senseï, surtout au niveau de 1er et 2ième dan.
"Dans l’esprit du grand public", nous dit Pierre Portocarrero, la ceinture noire a été beaucoup trop valorisée…
…Normalement il y a plus d’écart entre le premier et le deuxième dan qu’entre la ceinture blanche et la ceinture noire…
…Shodan (ceinture noire 1er dan) ne veut pas dire premier mais petit niveau. Ce terme marque bien le fait que la ceinture noire n’est qu’un débutant. (2)
Pour être "né avant" dans les arts martiaux traditionnels il faut avoir du vécu avec de nombreuses années d'apprentissage. C'est pourquoi autrefois aucun adepte n'enseignait avant le niveau de 3ième dan. Contrairement à notre époque les anciens n'avaient pas le souci de la rentabilité donc, il était inconcevable de confier des dojos à des 1er dan.
Le judo, le kendo, l'aïkido ont été les premières écoles à décerner des grades supérieurs au Godan (ceinture noire 5ième dan). Dans toutes les écoles sérieuses, traditionnellement le troisième dan correspond au maximum des conditions physiques et d'efficacité technique…
…Beaucoup plus qu'une quantification, le grade est aussi un piège pour l'ego. Piège d'autant plus grand que le grade est élevé : quand on voit la "grosse tête " d'une ceinture marron, on comprend mieux le délire mégalomane de certains hauts gradés. Enfin, contrairement à ce que croient beaucoup, ce n'est pas un grade ou un titre, aussi élevé soit-il qui fait la valeur de l'homme. Mais c'est l'homme qui donne éventuellement une réelle valeur au grade. (2)
Si nous voulons bien nous pencher avec courage sur nos jeunes années de pratique de ceinture noire, il est honnête pour n'importe quel enseignant de reconnaître son immaturité pour transmettre une Voie ; animer un cours d'arts martiaux peut-être, mais professer un Art, sûrement pas.
Tout instructeur devrait avoir à l'esprit cette autocritique constructive. Par contre, quand toutes les conditions d'initiation ont été requises et que le niveau est conséquent, il est d'usage ici que les élèves vous saluent comme Senseï.
Progresser dans les arts martiaux traditionnels devrait nous conduire à nous émonder de toutes nos vanités et auto-idôlatries, tout en sachant entretenir le plaisir.
Personnellement, je pense que toutes ces attitudes faussées qui marquent une carence culturelle, sont paradoxales chez les enseignants qui n'hésitent pas à japoniser leur art, tout en se revendiquant d'une pédagogie occidentale. La pédagogie japonaise est jugée semble-t-il par certains, uniquement sous reflet du mimétisme et du manque d'explication. Il s'agit bien là encore d'un cliché, car la transmission avec un expert japonais se place sur une valeur autrement plus subtile que ces simples stéréotypes. Encore faut-il l'avoir vécu. Qu'on se rassure un maître asiatique peut divulguer un enseignement très détaillé, très éducatif, tout en gardant son identité.
A travers ces nombreux exemples (bien qu'il y aurait encore beaucoup à dire... !!) nous pouvons comprendre que le Budô n'a pas échappé aux pièges d'une traduction occidentale simplifiée. Essayons donc d'apporter une précision plus ouverte à ce mot.
Il se définit selon deux segments :
"Bu" veut dire arrêter la lance donc mettre un terme à la violence. Il n'est alors pas juste de le référer au mot martial qui tire son étymologie du dieu de la guerre et de la destruction Mars. Bu prend un sens d'équilibre, d'harmonie entre les hommes par le fait de maîtriser la violence, mais également entre l'univers et l'homme. Ce qui nous renvoie aux fondements Shintoïstes de la pensée japonaise où l'homme est consubstantiel à l'univers, il est inter-relié à ce dernier de manière dynamique, créative, selon le principe du Ki que l'on pourrait ramener, bien que cela soit réducteur, à l'énergie cosmique. Ainsi dans la pensée traditionnelle, tout homme peut au travers d'une ascèse, arriver à rejoindre une perfection intérieure qui le met en relation étroite avec ce principe de vie et de manifestation qu'est le Ki. Il sent alors au plus profond de son être une forme de relation directe (sans pensées émotives) avec l'univers, d'où découle une altitude juste, faite de compassion et d'amour. L'objectif du Budô est bien de reprendre celle pensée ancienne, inscrite dans l'inconscient collectif japonais pour amener l'adepte vers cette forme d'accomplissement grâce à l'art du combat.
Dans l'Islam, que ce soit un roi ou un simple bédouin, tous sont enterrés à même la terre, pour symboliser l'égalité de notre nature originelle. Quel que soit le rôle que l'on joue dans cette vie même s'il est important, il ne représente pas notre nature réelle.
Au lieu de galvaniser son ego selon le mode sportif commercial, l'adepte du Budô cherche d'une certaine manière en termes plus psychologiques, à dépasser son moi ordinaire, voire même profane pour renouer avec son individualité profonde, qui le met en harmonie avec l'ensemble de son existence. Ce que traduit le Dô, est une démarche existentielle du corps et de l'esprit faite d'un courage introspectif, de persévérance et d'humilité, qualités si absentes de nos jours.
En référence à cette approche traditionnelle, Bu et Dô nous éloignent d'une simple logique de combat sportif.
Si nous comprenons, nous occidentaux, uniquement le combat sous le mode de triomphalisme, il n'est pas étonnant que cette approche ne se fasse que dans le reflet d'un jeu compétitif.
Dans la tradition du Budô, combattre revient d'une certaine manière paradoxale à ne pas vouloir gagner. Si l'on veut dévoiler une supériorité face à un adversaire, ce n'est pas en emmagasinant de la violence ou de l'agressivité, mais tout au contraire en dépouillant son ego de ses émotions.
Notre manque d'assimilation en Occident de la profondeur du Budô, vient d'un profond décalage culturel. Nous avons perdu nos propres références instinctives, intuitives qui nous mènent à l'idée d'auto-formation en rapport avec notre lien harmonieux avec l'Univers. Nos références traditionnelles occidentales qui pourraient nous mener à ce type de démarche sont de plus en plus faibles. Une quête de valeurs s'impose dans les domaines des sciences, de la psychologie, de la politique et des religions au-delà des dogmes aliénants. Il devient urgent que l'Occident retrouve la quête du sens, s'il ne veut pas fonder les générations futures sur un manque de repères.
Plus particulièrement, les fédérations sportives d'arts martiaux n'ont pas été construites sur la Voie, mais sur des intérêts communs. C'est pourquoi, elles rencontrent tant de problèmes, de conflits internes et de calculs, car les intérêts individuels réclament leur dus. Si un groupe de personnes s'associe pour une quête de l'essentiel, une Voie de l'Être, il n'y a aucune raison que les intérêts particuliers égocentriques créent un quelconque conflit, car c'est justement eux que l'on cherche à dépasser. L'objectif n'est plus une quête croissante aux titres, aux médailles, aux licenciés, aux subventions, aux publicités, au pouvoir, au monopole et à l'argent.
Dans le fondement du Budô il y a une volonté d’explorer la limite des capacités humaines avec pour vecteur la technique du combat. Cette volonté est basée sur la pensée orientale, sino-japonaise, d’aller "vers une perfection de l’être humain". L’idée de perfection n’y est pas surhumaine. Elle implique une forte volonté de fusion avec le principe universel de la vie qui inclut aussi la mort, car la mort n’est dans cette pensée, qu’une autre phase de la vie.
Cette pensée a été vécue, sous des formes différentes à différentes périodes. Par exemple lorsqu'un samouraï se donnait la mort par seppuku, il ne s'agissait pas seulement d'une mort par suicide, mais le plus souvent de faire vivre son honneur et aussi son nom qui se perpétuerait. La mort n'était donc pas pour lui une disparition, mais parfois, c'était par sa mort que ses descendants pouvaient survivre et donc qu'à travers eux, qui portaient son nom, il survivait. Lorsque petit à petit la matrice du Budô s’est formée dans le terrain de la culture des samouraï, leur pensée et leurs valeurs l’ont imprégnée en profondeur. Mais ce n’est pas la pensée des samouraï qui a créé la pensée japonaise, c’est l’inverse.
…
L’éthique du Budô n’est pas de détruire ou d’écraser à tout prix son adversaire. L’art martial des périodes féodales était de tuer, mais le Budô est devenu plus tard, à travers la pratique technique, un moyen de formation et de perfectionnement de la personne. Par là, il rejoint la modernité. Dans le Budô, c’est en étant conforme au principe de l’énergie universelle que l’on peut communiquer avec l’adversaire au niveau du Ki. C’est grâce à l’adversaire, dans un processus réciproque, que chacun se forme lui-même et va vers sa perfection.
Cette cosmogonie me semble, avoir une ouverture universelle et un Européen qui n'a pas la même intuition culturelle du monde peut comprendre qu'elle est le fondement du Budô. Cette compréhension facilitera son intuition de ce qu'enseigne la tradition japonaise sans pour autant être oblige de partager la conception japonaise du monde. Je pense qu'une transposition est nécessaire dans l'univers culturel occidental et qu'elle peut être opératoire si elle converge vers l’ouverture à une forme d’empathie avec la nature et avec autrui.
A partir de là les Occidentaux peuvent concevoir sans mystification l’idée de l’art martial pour faire vivre et non pour écraser ou pour donner la mort. Toute l’éthique du Budô renvoie à une tension vers l’empathie envers autrui, c’est là que le Budô trouve son sens culturel moderne. L’idée de monopoliser le terme « Budô », comme l’ont essayé certaines institutions est donc contradictoire avec l’idée directrice du Budô et témoigne de la méconnaissance de son contenu.
C’est probablement la compréhension de la signification du dépassement de soi qui forme le plus grand obstacle pour les Européens dans le domaine du Budô. Pour la technique du corps, les Européens sont sur le même plan. Mais il s’agit au fond d’une différence de cosmogonie. Comment peut-on concilier les cosmogonies de deux cultures, dans une pratique qui passe par le corps unique d’une personne ?
En effet, le Budô c’est la pratique de l’art du combat, qui concrètement nous ramène au plus sérieux de notre existence, puisqu’il fait entrevoir la vie et la mort, et la notion d’efficacité est pour moi comme un miroir bien poli qui le reflète. (3)
L'héritage du Budô nous vient de la profonde philosophie du sabre japonais. La réflexion de Maître Kenji Tokitsu qui va suivre nous permet de mieux approfondir cette conscience si particulière qui doit être développée dans un combat de Budô, car bien sûr dans sa pensée, le combat de Kendo (Voie du sabre, escrime japonaise) doit être transmissible dans les disciplines à mains nues. Que nous soyons un néophyte ou un adepte sérieux, nous ne pouvons qu’être interpellé sur le sens que nous donnons à notre pratique personnelle.
Imaginons un combat de Karaté-Dô avec l'intensité du Kisémé où notre force de conscience et d'énergie pénètre celle de noire partenaire et l'accule à se défaire de celle pression par une attaque. Cette recherche de sensibilité n'est pas acquise de manière systématique. Elle demande un apprentissage spécifique qui nous amènerait à percevoir dans la menace de l'autre, nos propres craintes enfouies et d'une certaine manière la peur de notre anéantissement personnel, donc de notre mort. Faire face à ce type de perception, peut nous conduire à un vide intérieur et à un trouble psychologique. Ceci peut nous rappeler ce que le psychanalyste Guy Corneau appelle un sentiment de défaite intérieure "presque immanquablement vient un moment où, dans une vie, ça ne va plus du tout".
La pratique de l'art du combat dans le Budô doit nous amener à la prise de conscience de notre précarité humaine. Dans ce trou noir, l'ascèse proposée par l'entraînement nous conduit non pas au découragement, mais au courage de sentir l'essentiel au plus profond de nous-même. Si les combats de karaté devaient être dirigés avec cette attitude de recherche, il est vrai que le côté spectaculaire, attractif pour les médias, ne serait pas d'actualité. Bien au contraire, on peut remarquer que l'expression moderne est le reflet d'un monde où l'individualisme se pare de bruits, d'artifices et d'illusions. La compétition n'est pas une vitrine de l'art martial, car l'essence en a été faussée. Pour un adepte qui recherche la Voie de sa Source, le temps passé à la course à la médaille sera du temps qui l'éloigné de cette nécessité à faire un retour sur lui-même. Poser son identité, comme notre société de consommation l'incite, sur la défaite des autres n'est pas le signe d'un sentiment où l'on se sent relié aux profondeurs de la vie.
La conscience de l'être dans le budô
Pourquoi dans certaines situations de combat les maîtres jugent-ils à l'inverse des spectateurs ordinaires, affirmant que c'est celui qui a reçu le coup qui est le meilleur ? J'avais analysé cette situation en m'appuyant sur les propos des maîtres qui l'ont jugée. Pour dissiper les ambiguïtés, nous allons chercher à comprendre ce qui se passe dans la conscience des combattants.
Il arrive que, au cours d'un entraînement de kendo, face à un adepte de haut niveau, vous portez un coup apparemment correct et vous n'avez pas la sensation d'avoir dominé votre adversaire, mais, au contraire, d'être dominé par celui à qui vous avez porté le coup. Selon Madame Keiko Deguitre, adepte de kendo, grâce à laquelle j'ai pu obtenir les documents précieux sur le kendo, cette sorte d'expérience est une préoccupation majeure pour les kendokas de haut niveau. Vous y sentez, que c'est votre adversaire qui vous a conduit à lui porter un coup et non pas vous qui avez créé les conditions qui permettent de le lui porter. Au cours du combat, vous ressentez un malaise tant que vous ne frappez pas. Vous sentez une gêne qui vous oblige presque à faire le geste de frapper. Vous portez alors un coup qui atteint effectivement l'adversaire. Mais dans ce cas, vous ne pouvez pas sentir la satisfaction d'avoir emporté une victoire, mais vous ressentez nettement que c'est votre adversaire qui vous a fait faire le geste de frapper. Vous devez alors vous incliner devant lui en le remerciant de vous avoir "frappé" de cette façon.
Vu de l'extérieur, vous lui avez porté un coup, donc c'est vous qui avez vaincu en combat. Mais, dans la réalité du combat, l'adversaire avait pénétré dans un vide de votre perception, sans toutefois en profiter pour vous frapper, il fait pression sur ce point faible avec sa volonté, et son énergie (ki). En même temps, il vous présente un vide dans sa garde, tout en maintenant sa pression sur vous. Ceci crée chez vous un malaise que vous ne pouvez combler que par un geste de frappe. Mais vous n'êtes pas satisfait de votre attaque parce que votre adversaire avait réussi à casser l'intégrité de votre acte technique, c'est-à-dire, à perturber chez vous le "ki-ken-tai", l'unité entre le ki (la volonté et l'énergie) le "ken" (mouvement du sabre) et te "taï" (centre de votre corps). Cette désunion est causée parce que vous avez agi sous sa domination, aussi ressentez-vous un manque de plénitude dans l'acte de frapper.
La supériorité d'un des adversaires n'est pas toujours aussi manifeste. Si l'adversaire a seulement réussi dans le combat l'avance d'une prise d'initiative dans le domaine de la perception, il n'est pas certain qu'il arrive à vous porter un coup magnifique. Mais, dans cette situation d'interférence de deux volontés et énergies (ki), tant que vous ne pouvez pas surmonter votre adversaire, il fait s'ouvrir une faille dans votre perception et vous ne pouvez, pas le vaincre. Même si votre frappe l'atteint, il ne se sentira pas dominé, et vous ne sentirez pas que vous l'avez vaincu. Ce qui est recherché est un coup convaincant pour les deux adversaires qui sont aussi arbitres. Et, si l'un veut frapper, et ressent immédiatement que son attaque est repoussée d'avance, il cherche à lancer une autre attaque qui est aussi repoussée d'avance. Ainsi chaque fois qu'il veut démarrer une attaque, sa volonté d'attaque est étouffée par celle de l'autre et il ne peut que reculer si l'adversaire avance ; il est dominé sans avoir été frappé. C'est une forme idéale de combat de budô que de dominer son adversaire de celle façon. Cette forme de domination est devenue un idéal à partir du moment où l'art du sabre a été constitué en kendo avec l'émergence de la notion lie budô. Il succédait au sabre des samouraï pour lesquels : "Le sabre une fois dégainé doit tuer".
Le budô ne peut pas être un spectacle
Cette forme de combat ne peut pas constituer un spectacle. Car pour que le spectacle soit bon, il faut un grand échange de coups bien visibles. En karaté il faut des coups nombreux exprimant la vitesse et de la puissance et aussi des sauts qui confinent à l'acrobatie, bref une amplification des mouvements qui seraient nécessaires. Tous les films d'arts martiaux s'appuient sur cet aspect. Les spectateurs ne seront pas satisfaits si les deux adversaires se mettent face à face puis que l'un reconnaisse sa défaite, sans échange de geste. Pourtant, c'est à cela que vise le budô. L'incendie d'une forêt est spectaculaire. La lutte, contre le feu l'est aussi, surtout lorsque interviennent les canadairs. Mais du point de vue de la lutte contre l'incendie, l'idéal est d'empêcher le feu de prendre. Le stade suivant est d'éteindre le foyer dés qu'il a pris. Si l'on étouffe ainsi chaque petit foyer à son apparition, la lutte contre l'incendie n'est pas spectaculaire. C'est une insuffisance de la capacité de lutte qui fait naître les incendies spectaculaires. Il en est de même pour les arts martiaux. C'est la médiocrité du niveau qui fait place aux grands gestes techniques spectaculaires. Recherchant à bloquer l'adversaire au plus près de la source de ses gestes, le budô ne doit pas tendre vers le spectacle. Aussi, lorsque les arts martiaux deviennent spectaculaires, quel qu'en soit le prétexte, s'éloignent inévitablement du budô.
Les différences entre l'efficacité en kendo et en sabre
Certains spécialistes prétendent que le spectacle sert à faire connaître le budô et correspond à la partie émergée de l'iceberg. Mais bien souvent la partie immergée n'est qu'un effet de parole. A mon sens, leur propos est dès le départ décalé, car une personne qui sait la profondeur du budô n'a pas le loisir de se disperser dans la direction du spectaculaire qui freine son avance dans l'art. Il ne s'agit pas de mépriser le spectacle, mais de comprendre que c'est une autre forme qui peut avoir une haute qualité. En kendo, la perception au cours du combat n'est pas simplement centrée le fait de toucher ou d'être louché, mais elle s'ouvre sur la recherche d'une plénitude de soi-même dans l'acte du combat.
…
Si vous êtes parvenu à ouvrir avec sincérité votre perception de la voie, vous serez alors convaincu avec certitude soit de voire victoire, soit de voire défaite indépendamment de l'appréciation des autres. C’est ce qui explique qu'il soit parfois arrivé qu'un adepte de kendo de haut niveau, ayant effectué avec succès, du point de vue des jurés, les combats de l'examen de passage refuse de recevoir le grade supérieur en disant : " J'ai porté les coups, mais je n'étais pas en plénitude. Ayant mené un combat si peu satisfaisant, je ne peux pas accepter de monter en grade ". Certes il s'agit là d'un adepte d'une grande sincérité, mais la conscience que suppose cette attitude est plus ou moins présente chez les adeptes de kendo de haut niveau. C'est la seule qui donne un fondement aux grades. Elle se constitue progressivement au cours de la formation et de l'avancement dans la voie du kendo et est indispensable pour concevoir le kendo, et plus généralement le budô dans toute leur amplitude.
Vous pouvez comprendre maintenant qu'en art martial, on puisse reconnaître sa défaite en raison de la conscience d'un manque dans sa propre manière de combattre. Cette prise de conscience vous aide à avancer dans la recherche de la perfection. (3)
Le combat de Budô n'est pas une mystique éthérée, mais une ouverture de l'individu à une autre réalité plus profonde en lui et dont chacun est porteur. L'accès à cette dimension nous demande de suivre un chemin où il est nécessaire de défaire nos nœuds faisant obstacle à cette perfection. La perfection n'est pas l'absence de défauts, mais la conversion de ces derniers en actions constructives. Il s'agit donc bien d'une expérience à vivre, difficilement contestable tant qu'on n'a pas entrepris une approche concrète corps et esprit.
L'adepte sent alors au fond de lui-même une Source d'Etre Essentiel, qui l'éloigne des besoins, d'un individualisme qui ramène tout à lui et qui cherche continuellement à se rassurer ; ce que nous constatons souvent dans le cadre des arts martiaux modernes. Ici il ne s'agit pas de médaille, de rentabilité, mais au contraire de la perception de nos vanités. D'ailleurs toutes les traditions et différents courants de psychologie nous ramènent à ce message d'un retour sur soi, loin de nos courses effrénées, de nos distractions pour mieux nous fuir.
Dans une approche plus occidentale. Jean-Yves Leloup nous donne une lecture très instructive sur l'homme ivre de sa vanité, dans la tradition chrétienne.
Le thème de "L’homme ivre" dans la gnose s'oppose à celui de "l'homme lumière". Etre ivre, c'est avoir l'esprit et le cœur épaissis, enivrés par les apparences. Rien à voir avec la "sobre ivresse" dont parle Grégoire de Nysse qui est une extase paisible dans la Présence de l'Etre... L'homme ivre, c'est celui dont la vue est troublée et même aveuglée par ses pseudo-certitudes ; il pense "avoir" la vérité, alors qu'il s'agit d'"être "la vérité, d'être vrai.
Sortir de l'ivresse, de l'autosatisfaction, de l'hébétement qu'entretient en nous un mental obscurci et borné, c'est lâcher les "vérités qu'on a", ces concepts inutiles qui réduisent le Réel - pour découvrir la vérité qu'on EST, la Présence lumineuse, insaisissable de "Celui qui Est", selon le corpus aréopagitique, "infiniment plus qu'être".
Nus, nous sommes venus au monde. Nus, nous en sortirons. Il importe de se le rappeler non pour s'en accabler, mais pour entretenir en nous le minimum de lucidité. Nous n'avons pas l'Etre par nous-même. Par nous-même, nous ne sommes que "pur néant ". Cette épreuve de la lucidité va nous aider à vomir notre vin, à sortir de l'illusion et de l'inflation de l'ego. On retrouve alors notre véritable nature; "un esprit neuf et un cœur nouveau" .(3)
Ce texte n'est pas sans nous rappeler que nous disposons, nous aussi en Occident, des moyens de comprendre ce que peut nous enseigner le Budô sur notre Etre Essentiel.
Un adepte de Budô recherche avant tout le calme introspectif plutôt que les éclairages trop bruyants qui rendent notre conscience muette. Mener un combat c'est peut-être vouloir se protéger, mais surtout arrêter sa propre violence faite de peur, et maîtriser celle de l'adversaire, sans lui nuire. Le conduire dans un vide où il sera amené à se découvrir, à se dominer. La maîtrise passe par cette forme d'éducation physique où le geste cherche à canaliser l'adversaire plutôt qu'à le détruire, où l'assaillant doit pouvoir se voir dans le miroir de son agressivité afin que cette dernière n'ait plus d'emprise sur lui. Ainsi il ne peut pas y avoir de progression dans le combat sans une certaine transparence de nous-même.
On peut faire l'analogie avec le tui shou, les mains collantes, où l'on travaille sur les poussées de l'adversaire. Dans un premier temps, pour sentir la personne en face, pour capter ses intentions il faut être disponible, ne pas intellectualiser et éviter de fonctionner avec nos comportements qui conditionnent nos réactions habituelles. D'où la nécessité de bien se connaître et d'avoir mis à jour nos mémoires qui nous font toujours interpréter une situation, la comparer, et de ce fait nous éloignent de la sensation réelle qu'elle peut dégager.
Quand on établit le lien avec le partenaire, nous devons ouvrir un vide dans lequel il va s'engouffrer en essayant de nous pousser. En l’amenant à cette action, il va se trouver renversé par sa propre force, qu'il utilise pour essayer de nous déstabiliser. Nous pouvons aussi créer un vide en lui, en exerçant une intention et la seule manière qu'il aura de s'en défaire sera de se raidir en durcissant son action. Il comble ainsi son absence de sensation, pour éviter d'être débordé par une tension volontariste.
Cette attitude est courante dans la pratique à deux, où celui qui se sent dépassé par une forte présence n'a d'autre ressource que la dureté ou l'offensive. Souvent hélas pour les néophytes, c'est l'action visible qui est reconnue. Pourtant pour amener son partenaire à attaquer et, par conséquent le dominer, s'oublier soi-même est nécessaire, en effaçant les motivations égocentriques, les réactions émotionnelles.
Tous les Maîtres de tui shou disent que l'on ne doit pas chercher à pousser, à penser, à vouloir gagner, mais juste apprendre à se connaître et à sentir. Je dirais même que pour percevoir la personne en face, il faut être concordant avec elle, ne pas s'y opposer, bref être même dans une attitude bienveillante. Il sera utile dans l'avenir de décrypter, avec le langage contemporain de notre psychologie, comment un art traditionnel peut nous amener à une profonde connaissance de soi, à une plus grande transparence dans nos comportements. Ceci nécessiterait un article à part entière.
Quand le Maître français Pierre Portocarrero m'a dit qu'il a pratiqué le Budô, non pas pour devenir plus fort, mais pour être moins faible, on aurait pu supposer, au premier degré, une extrême faiblesse de sa part et que sa recherche visait à limiter les dégâts. Mais chez cet homme de la Voie, sa confession représente un autre sens : chercher à devenir moins faible, c'est ne plus tomber sous le joug de ses émotions, de son orgueil, de sa vanité, en un mot d'un ego dominateur. Devenir moins faible ce n'est plus se laisser entraîner sur la pente de ses faiblesses, donc quelque pari c'est sans doute devenir plus fort. Il s'agit bien là du combat intérieur. Pierre Portocarrero témoigne de ce besoin d'aller à l'essentiel (ou de le retrouver), une Voie d'humilité.
A son exemple, un enseignant d'art martial devrait devenir moins faible, c'est-à-dire mettre à jour ses schémas psychologiques plutôt que de compenser les frustrations d'un moi existentiel tyrannique. La psychologie des profondeurs définie par Karl Gustave Jung6 peut être une source d'inspiration qui nous permet de comprendre comment révéler son ombre dans le cadre de l'art martial et comment redonner le jour à la pratique traditionnelle ancestrale vécue dans nos composantes contemporaines.
Il ne s'agit pas ici de dénigrer le sport, car il est, lui aussi, fait de courage, de persévérance, de volonté, d'entraide, de combativité, d'abnégation, etc.. qualités souvent attribuées à la justification des arts martiaux compétitifs mais qu'on retrouve dans de nombreuses autres disciplines.
Que l'on me comprenne bien : le sport dans son expression la plus saine est porteur de plaisir, de liberté, de convivialité, de découverte, d'échange et de savoir. C'est pourquoi j'en suis un défenseur. Je crois profondément au sport santé, joie de vivre, au dépassement de soi, à l'opposition constructive, sans écraser l'autre. Mais je suis par contre très sceptique sur la course effrénée à la performance. Maintenant les enjeux sont tels, que même chez les amateurs l'essentiel n'est plus de participer. Tout cela n'est que le reflet d'une société excessive, du toujours plus et qui a perdu la joie du simple. Le culte du gagnant si lucratif rabâché continuellement par les médias, passe sous silence la face cachée des champions adulés, capables des pires excès tant psychologiques que physiques.
La différence comme nous l’avons vu, est ailleurs chez l'adepte qui suit une Voie. Le Budô se réfère à une culture qui ne conduit pas uniquement à développer des qualités morales, ce qui est déjà positif, mais à mettre en émergence une sensation profonde qui se reflète dans une forme d'appartenance, un sentiment d'éveil et d'empathie à la Grande Vie et à ses phénomènes. Pour cela, il s'agit de s'engager dans le combat, car la confrontation est nécessaire à l'introspection, sans chercher une victoire honorifique dans un enjeu compétitif; en effet ses valeurs et ses modes d'appréciation ne sont pas établis selon les mêmes critères. Je ne rejette pas les arts martiaux sportifs et artistiques, ils ont une raison d'être en posant leurs propres exigences positives. Ils sont simplement étrangers au Budô, dont nous saisissons mieux les racines culturelles, qu'il ne faut pas étouffer dans l'amalgame du sport spectacle.
Le combat mené sur le mode triomphaliste ne va pas dans le sens de la perception de cet humus d'où nous venons et où nous retournerons, que l'on traduit par celle vertu qu'est l'humilité.
(1) Articles de Maître Kenji Tokitsu dans les Cahiers de l’Académie. Historien, docteur en sociologie et en langues et civilisations japonaises, il est aussi le directeur de l’institut européen de recherche de l’efficacité par la pratique corporelle, fondateur du Jisei-budô.
(2) Article de Pierre Portocarrero dans la revue Karaté n°114. Chercheur, ayant vécu plusieurs séjours en Asie, spécialiste des arts martiaux chinois et japonais dans leurs formes anciennes, auteur de nombreux articles, il est l’héritier d’une école japonaise traditionnelle, le Gembukaï, créée par le Maître Ogura Tsuneyoshi.
(3) Extraits de la revue Karaté Bushido n°158 – L’histoire du Karaté, la formation du Kendo ; la signification du combat en Budô, du Maître Kenji Tokitsu.
(4) Kisémé : Par la force de son propre ki (force vitale) on exerce une menace en testant la vulnérabilité de l’adversaire. Plus ce dernier est serein et centré, moins la menace peut s’opérer.
(5) Extraits de L'Evangile de Thomas de Jean-Yves Leloup. Spiritualités vivantes - Editions Albin Michel. Docteur en psychologie, en théologie et prêtre orthodoxe Jean-Yves Leloup est connu pour ses commentaires et traductions éclairées des grands textes du christianisme originel. Il fait figure également de pionnier dans la psychologie transpersonnelle en Europe.
(6) C’est Karl Gustave Jung qui mit en émergence le concept de l’ombre. Médecin psychiatre et psychologue suisse, il fut le disciple de Freud qu’il quitta en 1913, car il voyait dans la libido une énergie vitale universelle et primordiale. L’ombre est toute la partie indésirable de notre personnalité et des comportements que nous refoulons. Cependant, il s’avère totalement impossible de s’accepter réellement sans intégrer notre partie obscure. Pour Karl Gustave Jung l’humanité est structurée par des archétypes dans l’inconscient collectif qui s’exprime par des images symboliques, mythes, religions, contes populaires etc.. mais également dans des œuvres d’art et les rêves individuels.
Nota : Certaines photos sont extraites du livre Les arts martiaux ou l’esprit des budô de Michel Random – Editions Nathan.
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